mardi 22 novembre 2011

CONTAGION! (Blog spécial à la mémoire des Vausselins!!!! )

Cette fois, ce n'est pas moi qui ai écrit cette page de blog. Non, j'ai  laissé la parole à Emeric.
1) Parce que lui, Caro, Naobé et Corte ont fait un long chemin périlleux pour venir nous voir et que donc il méritait
2) Parce qu'il raconte tellement bien 
3) Parce que sinon, vous ne m'auriez pas crue!
Donc voici les aventures des petits nîmois en vacances au States par Emeric!




Avant propos :
Nous tenons à mettre en garde les personnes qui souhaiteraient venir aux U.S.A.  : il faut savoir qu’en tant qu’étrangers, nous ne sommes pas les bienvenus :
Le formulaire ESTA d’exemption de visa pose les habituelles questions débiles : Avez-vous l’intention de commettre des attentats ? O/N, Avez-vous pris des cours de pilotages dans l’intention de détourner un avion ? O/N, Etes-vous capable de viser un gratte-ciel de 350m de haut avec un 747 à pleine vitesse ? O/N… 
Lorsque vous embarquez, on vous demande de donner l’adresse à laquelle vous allez loger et attention : pas d’improvisation, sinon, c’est Guantanamo sans passer par la case départ !
Je ne parle pas des contrôles de bagages paranoïaques : c’est seulement à peine pire que n’importe où. Enfin bref, une fois toutes ces formalités accomplies, nous entrons dans le…
Vif du sujet :
Nous avons été la première étape du marathon des visites que les Le Berre-Déjean ont entamé cet automne au-delà du grand océan, au pays des phobiques du germe. Alors, pour vraiment partager la vie des gens d’ici, nous avons écumé cabinets médicaux et pharmacies et nous avons bien pris soin de notre hygiène.


En même temps, entre la bronchite de la grande, les conjonctivites et la laryngite qui donnèrent au petit les yeux et la voix de Léotard (à son âge !),

la sinusite de la mère (venue pour l’occasion avec une valise de médicaments) et le tarin du père qui a dégénéré en Depardieusite (dont Delphine a exigé que je la décrive avec précision – un peu plus loin), 
Dieupardieusite, affection touchant le nez!


il nous est resté très peu de temps pour se soucier de l’angine de Jéjé (qui, empêché de travailler, nous a fait le douloureux plaisir de pantoufler à la maison le jour de sa reprise), de la contracture de Naobé, ou de la fièvre de Lilas le dernier jour (on était presque rentrés, ça compte pas), ou encore des vulgaires plagiaires qui s’approprient contagieusement les maladies des autres pour qu’on les plaigne un peu aussi.

Bref, on a tiré la couverture sociale de notre côté et on s’est fait prescrire 1 gramme d’antibiotiques par jour : ce pays tient toutes ses promesses, de cela, il n’est nul doute !
Contagieux était aussi, cependant, l’émoi devant le superbe parc de la Shenandoah dont Delphine vous a parlé il y a à peine un an 

: Il est impressionnant d’admirer l’harmonie des couleurs des frondaisons automnales des érables, des chênes, des arbres qu’on ne connaît pas (parce qu’on n’est pas botanistes, hein !?)

et d’autres arbres qu’on ne connaît pas (oui, bon, on s’y connaît pas des masses…)

et encore pleins d’autres.

Au milieu de cela, les ours que nous avons croisés, les biches qui s’arrêtaient sur le bord de la route pour nous regarder intriguées et le superbe renard qui a filé sous notre nez semblaient sinon très fades, du moins très à leur place.

Contagieuse, de même, la liesse de Perry Avenue dont Delphine vous parla itou sur ce même blog l’année dernière encore.


Cette fois-ci, c’est bien entre 5:00 PM et 6:00 PM qu’on y a été. Les filles déguisées en fées sous leurs gros anoraks ont studieusement répété "Elo ! twick’o’twiit ! sinquiou ! Goubaille !" en récoltant poignées et brassées de bonbons exotiques (Lifesavers, dégueux ; Whoopers, l’ancêtre du Malteeser ; Willy Wonka’s , étrange poudre rose-’bonbon’ ; 

Lemon-head, absolument infecte ! ; Milk Duds, à mâcher, mâchouiller, ruminer et remâchouiller et quelques autres – on n’est pas diétetistes, hein ?!…) ou plus classiques (Milky Way, Kit Kats, Werthers, M&M’s, pour les nostalgiques).

Contagieuse, enfin, la poisse de Jérôme Le Berre, qui nous a offert le spectacle d’une malchance huilée et organisée comme une mécanique de précision. Ca commence par une remarque anodine et apparemment judicieuse : qui aurait pu imaginer que de cette phrase découleraient de telles conséquences…
Cette phrase, c’est : « Je ne sais pas si c’est vraiment la peine d’être à l’enregistrement 3h avant le décollage… 2 h, ça suffit ».
Et en effet, 2 heures, ça suffit ! Ca suffit pour faire la queue, enregistrer les bagages avec l’hôtesse la plus cruche de la compagnie, faire plein de bisous les yeux mouillés de larmes, passer les paranoïaques contrôles de police, prendre le val pour rejoindre la porte d’embarquement, hésiter à prendre un café, ça suffit, même avec des enfants qui s’arrêtent tous les 2 mètres pour regarder comment fonctionne l’escalator ou prennent le tapis roulant à contresens.
Le seul hic, c’est que, quand on a une hôtesse un peu cruche, elle met un peu plus de temps pour l‘enregistrement, ce qui permet tout juste de passer du statut de ‘passenger’ à celui de ‘denied boarding’.

Car Continental surbook ses vols. Et ce qui est remarquable, c’est qu’il nous a fallu traverser tout l’aéroport pour l’apprendre…Et donc le retraverser dans l’autre sens pour que l’hôtesse cruchasse nous prenne en charge.

Bon, on s’est fait indemniser, mais il lui a fallu 2h (cent vingt minutes, comprenez…) pour rédiger le chèque, et elle ne l’a pas fait correctement…
On s’est retrouvé à passer une nuit à l’Hilton de Dulles, s’il vous plaît ! Bon, du coup, les 26 $  de coupons repas de Continental n’ont suffi que pour le repas du soir… Bon et aussi, palace ou pas, il n’y avait qu’un seul lit parapluie pour nos deux enfants, ce qui est assez efficace pour ne pas trop dormir. Le lendemain, on a voyagé avec Airfrance (impec’), avec nos habits sales et 2 couches de réserve pour 9h d’avion. Le surlendemain, à Roissy, on a appris que notre valise était restée à Washington tout ce temps, qu’elle arrivait juste à l’autre bout de l’aéroport et qu’il fallait qu’on se dépêche si on ne voulait pas se la faire déminer. Et la traversée de Roissy, même en solitaire, ce n’est pas comme la traversée de l’Atlantique : c’est un tout petit peu plus éprouvant !
Je passerai l’épisode SNCF (avec une augmentation du prix des billets de 50€ en 5 minutes) : c’est tellement habituel que c’en est banal.

Et maintenant, pour faire plaisir à Delphine, parlons du cap, du pic, de la péninsule. Attention ! Ce qui va suivre peut heurter les cœurs sensibles. Si vous n’êtes pas médecin, prof de SVT, ou bien serial killer, ne lisez pas la suite : je me suis appliqué à la rendre la plus honnête possible.
Alors ça a commencé le lundi, avec une sorte de mal de dent qui irradiait un peu dans le cartilage du nez. Très vite, une espèce de boule rosacée a commencé à pousser au milieu du palais. Entre temps, j’ai consulté Polly, le médecin eud’Jéjé, pour une infection du sinus. Elle a négligé la boule sur le palais et m’a mis sous doxycycline (c’est marrant comment on se souvient des noms compliqués, quand ce sont des médicaments, pourtant, chuis pas médecin, hein ?!!).
Puis nous sommes partis dans les océans de feuillages ocre, écarlates et bruns (bref, jaunes, rouges et marrons, mais vraiment très jolis !). Et alors, ma boule initiale ayant vraiment la forme d’un bel abcès, plutôt que d’aller se balader en forêt, je suis allé me faire faire une radio chez le dentiste qui a voulu tester à l’électricité que ma dent était encore vivante.

Par acquis de conscience, il m’a électrisé les trois dents de devant en revenant plusieurs fois sur la plus douloureuse, en feintant, pour vraiment être sûr que je ne simulais pas la vivacité de ladite dent. Il m’a prescrit 1,5g quotidiens d’Amoxycilline et des antidouleurs juste un peu moins forts que la morphine. A moitié shooté aux pain killers, j’ai profité d’une autre façon des feuillages or, vermillon et terre de sienne et du trajet de retour.
Arrivé à Washington, malgré des bains de bouche toutes les 4 heures, j’avais, en plus de la bouboule, une gingivite sur la moitié du palais et de l’autre côté de la gencive. C’est vraiment là que mon nez a commencé à gonfler : ma narine gauche s’est tapissée d’une couche de lymphe jaunâtre et translucide. Jérôme avait beau me faire la morale, je n’arrivais pas à me sortir le doigt du nez : après chaque prise, il repartait à la chasse à la croutasse. 

Il n’en a pas fallu bien plus pour que la nuit venue, mon nez se gorge d’un liquide laiteux qui perlait au travers des pores. J’avais littéralement une narine une fois et demie plus grosse que l’autre (en largeur, mais aussi en longueur). A partir de là, c’est la panique : on a sillonné les pharmacies du Maryland, je me suis fait des cataplasmes à l'argile verte, je me suis tartiné d’une pommade à triple action antibiotique, et j’ai laissé tremper dans des bains d’eau chaude et salée.
Quelques jours plus tard, en installant le siège auto, je  me suis cogné le nez, c’est peut-être ce qui a permis de dégonfler un peu l’ensemble : un pus épais, visqueux et collant comme du miel a commencé à perspirer en quantités industrielles. Il s’est formé une croute mordorée et luisante qui a tourné au rougeaud. Quand on le tapotait, mon tarin faisait un bruit de bakélite.
Les choses sont rentrées progressivement dans l’ordre, jusqu’au dénouement extatique : la croûte est tombée d’UN SEUL TENANT. Il m’a fallu plusieurs heures avant de me décider à la jeter.

Et voilà!!!
Merci à Emeric pour ce récit si...."réaliste" et "haut en couleurs et descriptions"!


Bises à tous.